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Aide sociale dans des villes suisses : comparaison des indicateurs 2020

Chaque année depuis 22 ans, des villes membres de l’Initiative des villes pour la politique sociale relèvent et comparent certains indicateurs de l’aide sociale. Effectuée sur la base de données compilées par l’Office fédéral de la statistique, cette comparaison permet de documenter les développements de l’aide sociale de 14 villes accueillant environ un quart des bénéficiaires enregistrés en Suisse.

Stabilité du nombre de dossiers d’aide sociale

Le dernier rapport publié porte sur l’année 2020 et révèle que, contrairement à certaines craintes, le recours à l’aide sociale n’a que peu varié pendant la pandémie dans les 14 villes comparées. On observe ainsi une augmentation de 0,5% du nombre de dossiers d’aide sociale, ce qui marque un arrêt dans la tendance à la baisse observée en 2018 et 2019. Pour expliquer cette stabilité, les auteurs soulignent l’importance des assurances sociales et des aides mises en place par la Confédération, les cantons et les communes, notamment l’indemnité en cas de réduction de l’horaire de travail, l’indemnité en cas de perte de gain et la prolongation temporaire du droit aux allocations chômage.

A noter qu’en plus des personnes et des familles recourant à l’aide sociale par suite d’une baisse de revenu en raison de la crise sanitaire, les répercussions des arrivées importantes de réfugiés en 2015 peuvent aussi expliquer une partie de cette modeste augmentation du nombre de dossiers. En effet, après cinq ans, les réfugiés vivant encore en Suisse et nécessitant une aide économique sont comptés dans la statistique de l’aide sociale et non plus dans la statistique de l’aide sociale dans le domaine des réfugiés.

Les auteurs soulignent que la pandémie a néanmoins mis en évidence certaines lacunes du système de sécurité sociale pour certains groupes de la population, en particulier les personnes étrangères qui renoncent à recourir à l’aide sociale par crainte de perdre leur autorisation de séjour même lorsqu’elles se retrouvent en situation de dénuement.

Recours répétés à l’aide sociale largement répandus

Dans son chapitre spécial consacré aux parcours des bénéficiaires, le rapport souligne que le fait de recourir de manière répétée à l’aide sociale est un phénomène largement répandu et concerne environ la moitié des bénéficiaires. Ces retours fréquents indiquent que les personnes qui retrouvent leur autonomie financière restent souvent menacées de pauvreté et qu’une dépense imprévue peut rapidement les conduire à s’adresser à nouveau à l’aide sociale.

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Rapport : les effets de la pandémie sur la pauvreté et les inégalités socio-économiques

Afin d’étudier de manière systématique les conséquences de la crise liée au Covid-19 sur la pauvreté et les inégalités socio-économiques en Suisse, la Plateforme nationale contre la pauvreté recense depuis le printemps 2020 tous les projets de recherche consacrés à cette thématique. Récemment, elle a publié un rapport de synthèse tirant le bilan de ce monitoring jusqu’à fin juillet 2021 et portant sur 102 projets (49 achevés, 48 en cours et 5 prévus).

Situation financière

Pour ce qui est de la situation financière et de l’activité lucrative, les études recensées tendent à montrer que les inégalités socio-économiques ont été accentuées par la pandémie et les mesures de lutte contre le virus. « En moyenne, plus le revenu ou la fortune d’une personne étaient bas avant la pandémie, plus ses pertes financières ont été importantes, et ce tant chez les salariés que les indépendants », confirme l’étude[1]. En effet, la réduction de l’horaire de travail a davantage touché les personnes à bas revenu, qui avaient par ailleurs plus rarement la possibilité de télétravailler. Quant à l’épargne des ménages, elle a davantage augmenté pour les ménages à revenu élevé que pour les ménages à faible revenu, qui ne disposent que d’une faible marge de manœuvre dans l’adaptation de leurs dépenses.

Formation

Les études du corpus retenu suggèrent « une accentuation générale des différences individuelles de performance entre les élèves » suite à la fermeture des écoles durant huit semaines. Les auteurs du rapport ne vont néanmoins pas jusqu’à confirmer un accroissement de l’inégalité des chances et du fossé existant en matière d’éducation. Ils soulignent néanmoins que les enfants issus de ménages socialement défavorisés ont disposé pendant cette période de moins bonnes conditions de travail à la maison (manque de place, peu d’aide fournie par leurs parents et accès limité aux outils numériques).

Santé

Les personnes au statut socio-économique modeste ont davantage de risques d’être infectées par le COVID-19, de développer une forme grave de la maladie et donc d’être hospitalisées, et d’en mourir. Les études révèlent également que ce sont aussi les personnes à bas revenu qui ont le plus souffert d’un accroissement de la charge psychique pendant la pandémie. Cela a été particulièrement vrai pour les personnes au statut de séjour incertain. De manière générale, il semble en revanche que le bien-être des personnes à l’aide sociale n’a été que peu affecté.

Précarisation

Le rapport souligne une aggravation des situations déjà précaires avant la pandémie, en particulier chez les personnes ou les familles qui s’en sortent seules en temps normal sans recourir aux prestations des assurances sociales ou de l’aide sociale, soit parce qu’elles n’y ont pas droit, soit parce qu’elles ne font pas valoir ce droit. Les raisons de ce non-recours sont notamment la peur des conséquences sur leur statut de séjour, la honte ou la crainte de devoir rembourser l’argent. Les auteurs du rapport appellent de leurs vœux la réalisation de davantage d’études à ce sujet, le nombre de personnes concernées par le non-recours à l’échelle nationale n’étant actuellement pas connu.

D’autres thématiques sont également abordées dans le rapport comme l’âge, les relations sociales et la vie de famille, le système de soutien, les flux d’information et l’accessibilité de l’aide.

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[1] A ce sujet, voir aussi :

Détérioration des conditions de vie des jeunes et des personnes à bas revenu

L’Office fédéral de la statistique (OFS) a communiqué les derniers résultats de l’enquête sur les revenus et les conditions de vie (SILC) pour le premier semestre 2021.

L’impact de la pandémie sur les revenus des ménages est conséquent. Sur la base d’une auto-évaluation, 20% de la population estimait que le revenu total de son ménage avait baissé pendant les douze derniers mois et plus de la moitié de ces personnes (11,3%) attribuait cette baisse à la pandémie de Covid-19. Ce sont en particulier les personnes actives dans l’hébergement et la restauration (35,5%), celles dont le revenu est bas (19,5%) et les personnes de nationalité étrangère (16,7%) qui ont connu des baisses.

Près de 50% de la population active a pu travailler au moins partiellement à domicile pendant la pandémie. Néanmoins, l’OFS confirme sur ce plan des différences significatives entre les groupes de population. Alors que 67,7% des personnes ayant une formation tertiaire et 72,3% de celles ayant un revenu élevé ont pu faire du télétravail, c’était le cas de seulement 39,9% des personnes de nationalité étrangère, de 31,7% des personnes dont le revenu est bas et de 16,6% des personnes sans formation post-obligatoire. Les secteurs les plus touchés économiquement par la crise sont ceux pour lesquels le télétravail était difficile ou impossible à réaliser (hébergement, restauration, arts, spectacles et activités récréatives). 

Après s’être fortement dégradé au début de la pandémie, le sentiment de sécurité de l’emploi s’est renforcé en 2021. Il reste néanmoins encore significativement inférieur à 2019.

La crise a également eu un effet négatif sur la santé psychique de la population. L’enquête a montré que 40,2% des personnes interrogées a indiqué que la pandémie avait entraîné des conséquences négatives sur son moral pendant le premier semestre 2021. Chez les jeunes (16 à 24 ans), ce taux était particulièrement élevé (55,1%). L’impact de la pandémie sur le moral des personnes résidant dans des zones faiblement peuplées est en revanche moins important (36,4%).

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Insertion professionnelle et sociale : la motivation n’est pas le problème – la contrainte n’est pas la solution

Depuis 2018, la participation des bénéficiaires de l’aide sociale de la Ville de Zurich aux programmes d’insertion professionnelle et sociale s’effectue sur une base volontaire. Une évaluation montre que ce changement de paradigme a fait ses preuves, tant pour les bénéficiaires que pour les collaborateurs et collaboratrices du service social.  

La nouvelle stratégie de la ville de Zurich pour l’insertion professionnelle et sociale des bénéficiaires de l’aide sociale se base sur la réalité du monde du travail. Il s’agit de tenir compte des possibilités réalistes des personnes concernées sur le marché du travail. Sur ce plan, la Ville de Zurich relève que ce n’est pas le manque de motivation qui empêche la majorité des bénéficiaires qui sont capables de travailler de trouver un emploi, mais bien le fait que les exigences du marché du travail sont trop élevées.

Les personnes qui, en raison d’un manque de qualifications ou de problèmes de santé, n’ont que peu de chances de décrocher un emploi doté d’un salaire leur permettant de subvenir à leurs besoins ont la possibilité de participer de plein gré à des mesures d’insertion sociale, sans obligation et sans la pression de devoir atteindre un objectif.

L’absence de contrainte et de sanctions éventuelles n’est pas totale : la participation aux programmes d’insertion professionnelle reste obligatoire pour les bénéficiaires qui montrent trop peu de motivation à accepter un emploi sur le marché du travail primaire, alors qu’elles ont de bonnes chances d’en trouver un. Depuis 2018, cela représente une cinquantaine de personnes au total.

L’évaluation a montré que depuis l’introduction de la nouvelle approche basée sur le volontariat, le nombre de participant-e-s aux programmes d’insertion n’a pas diminué. La Ville de Zurich en conclut que l’insertion sociale et professionnelle peut fonctionner sans contrainte.

Lien vers le communiqué de presse (allemand) : cliquez ici

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Winterthur : une réduction de la charge de travail des AS permet de réaliser des économies

De septembre 2015 à février 2017, la Ville de Winterthur et une équipe de recherche de la Zürcher Hochschule für Angewandte Wissenschaften (ZHAW) ont mené un projet pilote afin d’examiner les effets d’une réduction de la charge de dossiers des assistantes et assistants sociaux (AS) sur les coûts par dossier et le taux de sortie de l’aide sociale. Le service d’aide sociale de Winterthur se distinguait à ce moment-là par un nombre moyen de dossiers par AS très élevé (jusqu’à plus de 140).

Pendant 18 mois, le nombre de dossiers de trois AS a été limité à 75 par poste à 100%, tandis que les autres AS conservaient leur charge de 124 à 143 dossiers. En comparant les statistiques du groupe pilote et du groupe témoin, l’équipe de recherche a pu calculer que le groupe pilote, grâce à un accompagnement plus étroit des bénéficiaires, avait réalisé une économie moyenne d’environ 1’452 Fr. par cas et par an, ce qui représentait au total un potentiel de plus de 4 millions de francs de réduction des coûts pour la ville de Winterthur, si la charge de tous les AS était réduite à 75 dossiers maximum. Les résultats de ce projet-pilote ont été publiés dans un rapport de novembre 2017, qui a été récemment traduit en français.

Pour donner suite à ces premiers résultats encourageants, le conseil municipal de Winterthur a décidé d’augmenter les ressources en personnel afin d’alléger la charge de travail de l’ensemble des AS du conseil social, cela pour une période limitée à quatre ans. Le Bureau BASS a été mandaté pour suivre cette réduction globale de la charge de travail (de plus de 120 dossiers à moins de 80) et en a présenté les effets dans un rapport.

La réduction de la charge de travail a conduit ce que les AS disposent désormais d’une meilleure vue d’ensemble de leurs dossiers et de davantage de temps pour conseiller et accompagner les bénéficiaires, si nécessaire de manière approfondie. Cela s’est traduit par une diminution des coûts mensuels de 75.50 Fr. par dossier, soit une diminution de 3,6 %.

Par ailleurs, le taux de sortie de l’aide sociale a augmenté de 27%, ce qui s’explique par deux facteurs. D’une part, par des sorties en lien avec l’exercice d’une activité professionnelle comme la prise d’un emploi ou l’augmentation du taux d’activité. D’autre part, par le versement d’autres prestations en amont, comme des bourses d’étude ou des pensions alimentaires.

La réduction de la charge de travail a permis de réaliser une économie de 4,3 millions de francs pour l’année 2019 (2 millions grâce à la diminution du coût mensuel moyen par dossier et 2,3 millions grâce à l’augmentation des sorties). En soustrayant les coûts de personnel supplémentaires de 1,6 millions de francs, on arrive à une économie nette de 2,7 millions de francs, soit 3,5 % des coûts d’aide sociale de la ville de Winterthur.

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Au secours ! Je dois me rendre au service social !

L’accueil et les premiers entretiens évalués par les usagères et usagers de l’aide sociale.

Pour son travail de master, Cornelia Lorenz a interrogé les personnes concernées sur le processus d’accueil dans le service social de la commune de Krienz (LU).

Elle replace tout d’abord la procédure formalisée d’accueil (aussi appelée Intake) dans son contexte : dans les années 1990, une augmentation du nombre des dossiers d’aide sociale a poussé certains services à standardiser le premier entretien dans une procédure distincte du suivi ultérieur, en particulier afin de prévenir la perception indue d’aide sociale et de parvenir à une sortie plus rapide du dispositif. Un autre objectif était d’accroître l’efficience de l’aide personnelle.

La procédure d’accueil peut également favoriser ou au contraire permettre de lutter contre le phénomène de non-recours. Selon une étude de l’Office fédéral des statistiques datant de 2009, citée dans le travail de master, 28% des personnes touchées par la pauvreté ne recourent pas à l’aide sociale alors qu’elles y auraient droit. En plus des difficultés liées au sentiment de honte ou à la stigmatisation que peuvent ressentir ces personnes avant de se rendre auprès d’un service social, des éléments comme les horaires d’ouverture du service social, l’accueil, l’aspect général des bureaux et de la salle d’attente exercent une influence sur le taux de non-recours. De ce point de vue également, l’avis des personnes qui se soumettent à ce processus peut s’avérer intéressant.

En ce qui concerne le service social de Kriens, l’étude des questionnaires montre que 88% des usagères et usagers estiment que les horaires du service social sont adéquats : il est souligné qu’une ouverture tardive un jour par semaine et entre midi et deux heures un autre jour permettent aux personnes qui exercent une activité lucrative ou qui ont charge de famille de se rendre plus aisément aux guichets. Ensuite, le premier contact avec le personnel administratif est jugé agréable ou positif par trois quarts des répondant-e-s. 88% d’entre eux estiment également que la discrétion est garantie par l’aménagement de l’espace.

Une petite moitié des personnes concernées disent avoir dû attendre longtemps avant d’obtenir un premier entretien. 67% d’entre elles ont pu participer à un deuxième entretien dans les dix jours après avoir complété leur dossier.

En ce qui concerne la manière dont le deuxième entretien, plus complet, était mené, une grande majorité des usagères et des usagers (91%) estiment que les travailleuses sociales et les travailleurs sociaux ont pris le temps de les écouter. 96% relatent que les informations délivrées étaient compréhensibles. Enfin, 92% disent avoir été bien conseillé-e-s, et 87% se sont senti-e-s pris-e-s au sérieux.

Cornelia Lorenz trouve ces résultats réjouissants pour le service social de Kriens. Ils sont à mettre en parallèle avec la difficulté que représente, pour les personnes concernées, la démarche de se rendre dans un service social : 90% relatent qu’il leur est désagréable de devoir demander de l’aide sociale et 80% d’entre elles se sont rendues auprès du service social lorsqu’elles se trouvaient déjà en grandes difficultés. Si peu d’entreelles ont rencontré des difficultés à réunir les documents demandés (avec ou sans appui d’un-e assistant-e social-e), 80% ont trouvé la procédure intrusive et un peu moins de la moitié a estimé qu’elle était pénible. Ajoutons que les personnes concernées semblent faire la différence entre le processus d’accueil et le personnel administratif et social du service, puisque 90% d’entre elles se sont déclarées satisfaites à leur sujet.

À la suite de cette étude, l’auteure propose des réflexions sur une bonne organisation de l’accueil : en particulier, le premier rendez-vous doit être délivré rapidement, car il permet souvent de répondre à une personne dont les difficultés se sont amplifiées avant qu’elle se décide à pousser la porte du service social. Pour répondre à cette demande, le service doit disposer d’assez de personnel qualifié, et, dans la mesure du possible, fidélisé. Il est important que les assistantes sociales et les assistants sociaux puisse avoir le temps d’accueillir la personne et de faire avec elle un tour d’horizon de sa situation, sans que cela ne prétérite leurs autres tâches. Une dotation suffisante en personnel qualifié répond d’une part aux besoins des employé-e-s du service social et de ses usagères et usagers, mais permet également à ces dernières de sortir plus rapidement du dispositif, lorsqu’un droit à une assurance sociale peut être activé. Enfin, les usagères et usagers du service social devraient être impliqués dans le contrôle de la qualité des prestations.

Lien sur le travail de Master (en allemand)

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Les bénéficiaires de l’aide sociale en moins bonne santé que le reste de la population

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP), constatant que pauvreté et problèmes de santé vont souvent de pair, lance une série d’études dans le but de clarifier l’influence de la pauvreté et du recours à l’aide sociale sur le recours aux prestations de santé. La Haute école spécialisée bernoise et la Haute école des sciences appliquées de Zurich ont été mandatées pour mener une première recherche qui examine la santé des bénéficiaires de l’aide sociale et la compare à celle des allocataires de l’AI, des personnes en situation de pauvreté et du reste de la population.

Profil de santé

Le rapport confirme que les bénéficiaires de l’aide sociale sont en nettement moins bonne santé que le reste de la population. Leur santé est également moins bonne que celle des personnes en situation de précarité qui ne dépendent pas de l’aide sociale. Les différences sont les plus marquées en matière de satisfaction dans la vie et de qualité de vie et pour les problèmes psychiques, en particulier les symptômes dépressifs.

Pour l’équipe de recherche, les résultats indiquent que les bénéficiaires de l’aide sociale se trouvent dans une situation à peine meilleure que les allocataires de l’AI du point de vue de leur santé.

Concernant les comportements de santé et les comportements à risque (comportements alimentaires, activité physique, consommation de tabac ou de cannabis), les données des bénéficiaires de l’aide sociale sont là aussi bien plus mauvaises que celles du reste de la population.

Évolution de la santé

L’étude s’est basée sur des données longitudinales qui ont permis d’observer l’évolution de l’état de santé dans le temps. L’équipe de recherche constate une détérioration de l’état de santé au cours des années qui précèdent l’arrivée à l’aide sociale, avec un pic au moment où les personnes commencent à percevoir l’aide, puis une stabilisation. Une nette amélioration est observée au moment de la sortie de l’aide sociale.

Prestations de santé

Les chercheurs et chercheuses ont observé chez les bénéficiaires de l’aide sociale des statistiques de recours aux prestations de santé comparables à celles des allocataires AI pour toutes les prestations suivantes : consultation d’un médecin généraliste ou spécialiste, urgences ou admission à l’hôpital pour un séjour stationnaire et consultation pour des problèmes psychiques.

En revanche, les bénéficiaires de l’aide sociale renoncent plus souvent à des prestations telles que les soins dentaires, des traitements médicaux urgents et des consultations préventives. Les causes de ces renoncements peuvent être des obstacles financiers ou d’autre nature.

Reprise d’une activité lucrative

Un mauvais état de santé diminue la probabilité de retrouver un emploi. L’étude a montré que cinq ans après l’arrivée à l’aide sociale, 41% des personnes en bonne santé ont commencé ou repris une activité lucrative, ce qui est le cas pour seulement 25% des personnes dont la santé est mauvaise.

En conclusion, les auteurs recommandent que les bénéficiaires de l’aide sociale soient considérés comme un groupe cible des politiques de santé ainsi que la mise en place d’une prise en charge sanitaire précoce et adéquate pour les personnes précaires à la limite de devoir faire appel à l’aide sociale.

Résumé en français du rapport : cliquez ici

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« Supported employment »: une nouvelle offre de la Confédération et des cantons pour les 50 ans et plus

Les actifs âgés de 50 ans et plus sont souvent confrontés à des difficultés lorsqu’ils recherchent un emploi. La Confédération et les cantons ont donc décidé de tester une nouvelle mesure de «supported employment» pour les demandeurs d’emploi âgés de 50 ans et plus. L’essai pilote durera trois ans, de 2021 à 2024. Cette nouvelle offre s’adresse aux personnes âgées de 50 ans et plus qui arrivent bientôt en fin de droits et a pour but de les aider à trouver un emploi.

Plus d’informations, voir notre rubrique Travail >> Marché du travail >> 50 ans et plus

Surendettement : le calme avant la tempête ?

L’organisation faîtière Dettes Conseil Suisse (DCS) publie ses statistiques 2019/2020.

Les services de gestion de dettes et de désendettement membres de Dettes Conseil Suisse compilent, en règle générale chaque année, des données relatives aux personnes et aux familles surendettées qui s’adressent à eux.

L’on constate tout d’abord un recul des nouveaux dossiers en 2020 : pendant la pandémie, certains services ont dû fermer et d’autres ont concentré leurs activités sur les consultations sociales et les aides directes, urgentes par rapport aux conseils en matière de dettes.

Si les impacts de l’épidémie de Covid-19 et des mesures prises pour y faire face n’ont pas encore imprimé de traces statistiques, il n’est pas inutile de rappeler les profils des personnes surendettées qui consultent les services membres de DCS :

Qui consulte ?

Majoritairement des personnes vivant seules (40%). Les couples avec enfants forment un cinquième des dossiers, tout comme les familles monoparentales. Les enfants représentent environ 34% des personnes accompagnées dans une démarche en lien avec le surendettement (que ce soit de la gestion de dettes ou du désendettement). Plus de la majorité des dossiers sont constitués de personnes entre 30 et 49 ans (58%). Plus d’hommes que de femmes consultent (environ 60% – environ 40%) et la plupart des consultants ont un diplôme post-obligatoire (57%). La formation d’un tiers des consultants ne dépasse pas l’école obligatoire.

Un déséquilibre considérable entre les revenus et les dettes

Dans leur majorité, les personnes qui s’adressent à un service de gestion de dettes et de désendettement réalisent un revenu plus bas que la population générale : le revenu médian des ménages suivis se monte à 4’350.- francs par mois et plus de 80% des ménages surendettés gagnent moins que le salaire médian suisse, qui s’élève à 6’500.- francs par mois. 44% d’entre-eux disposent de moins de 4’000.- francs par mois.

Le surendettement moyen des ménages en question s’élève à 65’014.- francs en 2020 et est en augmentation depuis 2019 (60’240.- francs). Les types de dettes les plus répandus sont, comme auparavant, les créances fiscales (73%) et les dettes auprès des assurances-maladies (61%). Le tiers des ménages ont des impayés liés à des factures médicales à leur propre charge, ce qui risque de péjorer leur accès aux soins et leur santé. Enfin, des crédits à la consommation sont présents dans un quart environ des dossiers (24%) et les cartes de crédit dans un peu plus d’un cinquième de ceux-ci (21%).

Les causes du surendettement

Les services membres de DCS constatent que, dans la plupart des cas, le surendettement est dû à une conjonction de facteurs actifs (difficultés de gestion, manque de prévision, prise de risque…) et de facteurs passifs. Parmi ces derniers, le chômage est mentionné comme cause dans 24% des dossiers, la séparation, respectivement le divorce dans 24% des dossiers également et la maladie, les accidents et le handicap dans 23% de ceux-ci. Notons que dans un ménage sur 10, l’insuffisance des revenus (working poor, 11%) a causé le surendettement et que l’échec d’une activité indépendante a poussé 9% des personnes suivies dans le surendettement.

Lien vers les statistiques : cliquez-ici

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La pandémie a renforcé les inégalités sociales

Sur mandat de la Plateforme nationale contre la pauvreté, une équipe de recherche du centre de compétences suisse en sciences sociales FORS et de la Haute école de travail social et de la santé Lausanne (HETSL/HES-SO) s’est penchée sur les effets de la pandémie de coronavirus et du semi-confinement sur les conditions de vie.

Les données provenant d’une enquête exceptionnelle menée en mai et juin 2020 du Panel suisse des ménages ont permis aux chercheurs d’analyser la manière dont les personnes avec des ressources financières limitées ont vécu le semi-confinement et la première vague, et dans quelle mesure leur expérience diffère d’autres groupes de population (femmes, jeunes, personnes âgées, etc.).

L’étude démontre que les inégalités sociales déjà existantes ont été accentuées par la crise sanitaire. Les personnes ayant de faibles revenus ont plus fréquemment subi des pertes financières que les autres et ont plus souvent été exposées au risque de devoir puiser dans leurs économies, de se restreindre drastiquement ou de demander des prestations sociales.

Artias – Amanda Ioset, secrétaire générale

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