{{titre}}

Dossier du mois

Article

20 octobre 2026

Actualité artias

20 octobre 2026

dossier de veille

20 octobre 2026

Leçons du Covid-19 : 4 recommandations pour mieux gérer les prochaines crises

En juin 2026, la Haute école spécialisée bernoise (BFH) a publié un policy brief dans le cadre du Programme national de recherche PNR 80 « Covid-19 et société ». Rédigé par les professeurs Robert Fluder et Oliver Hümbelin, il tire de la pandémie des enseignements pour mieux limiter les conséquences sociales des prochaines crises.

Les analyses de l’équipe de recherche montrent que la crise a fortement secoué l’économie suisse, mais que le revenu moyen des ménages a peu varié, principalement grâce aux mesures de soutien et à l’extension du système de sécurité sociale. Les auteurs relèvent toutefois que, même si l’extension de la pauvreté a été contenue, les inégalités se sont accentuées. Les ménages les plus modestes et les personnes en emploi atypique ont subi les pertes de revenu les plus conséquentes. Selon les résultats, celles-ci étaient d’autant plus importantes que les mesures cantonales visant à endiguer le virus étaient strictes, un lien particulièrement net en Suisse romande. L’analyse des données fiscales indique enfin qu’une part de la population a dû puiser dans son épargne pour faire face à ces diminutions, mais que les bas revenus disposaient de très peu de réserves.

Le policy brief souligne aussi le rôle central joué par les ONG auprès des groupes les plus vulnérables. Elles ont en effet renforcé leur aide en nature (alimentation, vêtements, soutien juridique et administratif) et leur aide d’urgence, de manière rapide et facile d’accès.

Afin d’améliorer la gestion de crise sur le plan social, les auteurs formulent quatre recommandations :

1. Développer des mesures spécifiques sur la base des prestations existantes, en privilégiant le maintien en emploi
Les auteurs recommandent de s’appuyer sur les instruments de l’État social, qui ont bien protégé la majorité de la population, pour développer des mesures adaptées à chaque crise, aux spécificités régionales et aux groupes les plus touchés. À court terme, indemniser directement le chômage ou maintenir l’emploi peuvent tous deux limiter la pauvreté, mais les auteurs privilégient à long terme le maintien de l’emploi, car un chômage durable peut creuser les inégalités. C’est la voie suivie par la Suisse.

2. Protéger davantage les groupes vulnérables
Les personnes vulnérables ont été désavantagées durant la crise. Pour mieux les protéger, les auteurs recommandent de combler les lacunes de la sécurité sociale, en évitant autant que possible les emplois précaires en temps normal, et de mieux tenir compte de leurs conditions de vie dans la conception des mesures. Ils préconisent aussi des cadres légaux garantissant un accès réel aux prestations, car des ressortissant-e-s d’États tiers ont souvent renoncé à l’aide sociale par crainte pour leur permis de séjour. Des mesures de réduction des obstacles administratifs, d’accès à l’infrastructure numérique et une communication ciblée auprès des groupes difficiles à atteindre devraient également être mises en œuvre selon l’équipe de recherche. Elle recommande enfin de recourir davantage aux ONG, qui atteignent souvent plus vite et plus efficacement ces groupes, en coordination avec les services sociaux publics de proximité et les bureaux cantonaux d’intégration.

3. Renforcer la perspective sociale dans les task forces de crise
La composition de la task force Covid-19 a surtout dépendu du contexte sanitaire : ses membres venaient avant tout de la médecine et de l’épidémiologie, et les compétences en sciences sociales, en particulier sur les groupes défavorisés, y ont fait défaut. Selon les auteurs, les task forces des prochaines crises devraient intégrer des représentant-e-s d’organisations spécialisées (notamment la CDAS, la CSIAS, l’Union des villes suisses ou Caritas Suisse) et des expert-e-s en sciences sociales. Ils proposent notamment de s’appuyer sur la Plateforme nationale contre la pauvreté.

4. Développer le suivi de la pauvreté grâce aux données
La pauvreté mesurée par le revenu est restée stable pendant la pandémie. Pourtant, les conditions de vie de nombreux ménages se sont détériorées, ce que les indicateurs habituels ne montrent qu’en partie. Les auteurs recommandent donc d’améliorer les données pour repérer plus tôt les tendances. Ils proposent un tableau de bord alimenté par des organisations non gouvernementales, à mettre en place déjà en période normale pour servir de système d’alerte, car durant la pandémie, les informations rapides sur les groupes vulnérables manquaient souvent, en particulier pour les personnes qui n’ont pas accès à l’aide sociale.

Les auteurs recommandent aussi de renforcer les données utiles à l’évaluation des mesures après la crise. Les données fiscales et celles de l’AVS ont permis d’analyser les effets de la pandémie. Il serait utile de mieux exploiter les données fiscales des cantons et de rendre disponibles davantage d’informations sur les mesures, par exemple les données individuelles sur l’indemnité de réduction de l’horaire de travail (RHT).

Ces résultats sont issus d’un projet de la BFH dirigé par le Prof. Dr Oliver Hümbelin. L’équipe a analysé, à partir de données de registres administratifs, les conséquences économiques de la pandémie pour les personnes à faible revenu, ainsi que les activités de Caritas. Un prototype de tableau de bord de données des ONG a été développé lors de deux sessions du Hack4SocialGood. Un groupe d’experts d’offices fédéraux et d’organisations spécialisées a accompagné le projet.

Sur le même thème…

Haute école en travail social – Berne, rapport en allemand (résumé en français pp. 13-17), nov. 2021

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Merci pour votre inscription. Un e-mail de confirmation vous a été envoyé.

Newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter pour suivre nos actualités.